La structure interne de Saturne
La structure interne de Saturne s'organise autour d'un noyau qui n'est probablement pas une boule de roche compacte, mais une vaste région diffuse où roches et glaces se mêlent progressivement à l'hydrogène et à l'hélium, jusqu'à environ 60 % du rayon de la planète. Cette image vient de la sismologie des anneaux : Cassini y a enregistré des ondes déclenchées par les vibrations internes de Saturne. Au-dessus s'étend une épaisse couche d'hydrogène métallique liquide, où l'hélium tomberait en pluie, puis une enveloppe d'hydrogène moléculaire qui se fond peu à peu dans l'atmosphère visible.
Sommaire
Ni surface ni frontières nettes
Saturne n'a pas de surface solide. En descendant sous les nuages, l'hydrogène et l'hélium deviennent de plus en plus denses et chauds. Au-delà de quelques milliers de kilomètres, la pression dépasse le point critique de l'hydrogène : il n'y a donc pas de passage net du gaz au liquide, l'enveloppe devient simplement un fluide chaud et dense. Une sonde qui descendrait ne heurterait jamais rien ; elle serait écrasée et chauffée jusqu'à se dissoudre.
Personne ne pouvant forer Saturne, son intérieur se reconstitue à partir d'indices indirects : la forme de la planète, son champ de gravité mesuré avec précision, son champ magnétique, la chaleur qu'elle dégage, la composition de son atmosphère et, depuis 2013, les vibrations inscrites dans ses anneaux. Chacun de ces indices contraint des modèles nourris d'expériences de laboratoire et de calculs théoriques sur le comportement de l'hydrogène et de l'hélium sous des pressions extrêmes.
Les couches, de haut en bas
- Atmosphère et enveloppe moléculaire. De l'hydrogène (en molécules H₂) et de l'hélium, avec des nuages au sommet. Température et pression augmentent régulièrement avec la profondeur. Voir l'atmosphère.
- Transition vers l'hydrogène métallique. Vers un à deux millions de bars, peut-être à mi-chemin du centre, les molécules d'hydrogène se dissocient et les électrons circulent librement : le fluide devient conducteur, on parle d'hydrogène métallique liquide. Saturne étant moins massive que Jupiter, cette transition y est relativement plus profonde.
- Couche d'hydrogène métallique. Un océan profond de fluide conducteur, où la convection et la rotation engendrent le champ magnétique de la planète. Voir la magnétosphère.
- Noyau diffus. Une région enrichie en éléments lourds, glaces (eau, méthane, ammoniac) et roches, mêlés à l'hydrogène, dont la concentration augmente vers le centre.
Les limites entre ces couches sont progressives plutôt que tranchées, et leurs profondeurs exactes restent débattues.
Un noyau flou révélé par les anneaux
Pendant des décennies, les modèles de Saturne ont supposé un noyau central compact de roches et de glaces, de 10 à 25 masses terrestres environ, entouré d'hydrogène. Les données de gravité ne permettaient guère de trancher entre un noyau compact et un noyau plus étalé.
La réponse est venue d'où on ne l'attendait pas. Les vibrations internes de Saturne perturbent légèrement sa gravité, et ces perturbations lancent des ondes de densité spirales dans l'anneau C. Matthew Hedman et Philip Nicholson ont confirmé l'existence de ces ondes dans les données de Cassini en 2013, faisant des anneaux un sismographe. Certaines ne pouvaient s'expliquer que si l'intérieur profond de Saturne était stratifié de façon stable : la composition y change graduellement avec la profondeur, si bien que les couches résistent au brassage convectif et laissent se propager des ondes de gravité internes.
En 2021, Christopher Mankovich et Jim Fuller, alors au Caltech, ont publié dans Nature Astronomy un modèle ajusté à ces observations. La région du noyau y contient environ 55 masses terrestres de matière, dont quelque 17 masses terrestres de glaces et de roches, le reste étant de l'hydrogène et de l'hélium, le tout réparti jusqu'à environ 60 % du rayon de la planète. Les mesures de gravité du Grand Final de Cassini en 2017, quand la sonde s'est glissée entre la planète et les anneaux, plaidaient elles aussi pour un noyau d'éléments lourds d'environ 15 à 18 masses terrestres, probablement dilué plutôt que compact.
Ce noyau diffus a une portée qui dépasse Saturne. La sonde Juno a trouvé des indices d'un noyau dilué chez Jupiter : soit les planètes géantes ne se forment pas en couches bien séparées, soit leurs noyaux se dissolvent lentement dans l'hydrogène environnant. La question nourrit directement les théories sur la formation de Saturne.
La pluie d'hélium et la chaleur excédentaire
Saturne rayonne environ 2,5 fois plus d'énergie qu'elle n'en absorbe du Soleil. Pour une planète de sa taille et de son âge, un simple refroidissement depuis sa formation aurait dû la rendre moins lumineuse. L'explication privilégiée est la pluie d'hélium.
Expériences et simulations indiquent que, dans les conditions de pression et de température de la région d'hydrogène métallique, l'hélium ne se mélange pas parfaitement à l'hydrogène. Il se sépare en gouttelettes, comme l'huile dans l'eau, qui coulent vers le centre. En tombant, elles libèrent de l'énergie gravitationnelle sous forme de chaleur, ce qui ralentit le refroidissement de la planète. Le même processus appauvrit en hélium les couches externes, ce qui concorde avec le déficit d'hélium mesuré dans l'atmosphère.
Jupiter, plus chaude à l'intérieur, aurait connu une séparation moins poussée, ce qui expliquerait que son atmosphère soit moins appauvrie en hélium. Une couche de pluie d'hélium pourrait aussi rendre compte de la symétrie singulière du champ magnétique de Saturne, comme l'explique la page consacrée à la magnétosphère. Certains chercheurs ont en outre proposé que le carbone forme des particules solides en profondeur : c'est l'origine de l'hypothèse spéculative de la pluie de diamants.
Au centre de la planète
Les conditions centrales dépendent des modèles, mais le centre de Saturne atteindrait des températures de l'ordre de 10 000 °C ou davantage et des pressions de plusieurs millions de fois la pression atmosphérique terrestre. Dans ces conditions, les distinctions familières entre solide, liquide et gaz perdent leur sens, et « roches » et « glaces » désignent une composition chimique plutôt qu'un état physique. Cette chaleur interne réchauffe l'atmosphère par en dessous, comme on le voit à la page température de Saturne.
Bien des inconnues subsistent : la répartition exacte de l'hélium, la profondeur de la transition métallique, les échanges de matière entre le noyau et l'enveloppe. La durée du jour révisée, elle aussi tirée de la sismologie des anneaux, fait partie des données qui gardent ces modèles sur le droit chemin.
Questions fréquentes
Saturne a-t-elle un noyau solide ?
Probablement pas au sens d'une boule rocheuse. La sismologie des anneaux suggère un noyau diffus où roches et glaces sont mêlées à l'hydrogène sur une grande partie de la planète. Une petite partie centrale plus dense n'est pas exclue, mais il n'existe ni surface ni noyau où se poser.
De quoi est composé le noyau de Saturne ?
D'éléments lourds, roches (silicates et métaux) et glaces comme l'eau, le méthane et l'ammoniac, mêlés à de l'hydrogène et de l'hélium. Glaces et roches représentent environ 15 à 20 masses terrestres.
Qu'est-ce que l'hydrogène métallique ?
C'est de l'hydrogène tellement comprimé que ses molécules se dissocient et que les électrons circulent librement, ce qui le rend conducteur comme un métal. Sur Saturne, il existe à l'état de liquide chaud, et ses mouvements engendrent le champ magnétique.
Pourquoi Saturne émet-elle plus de chaleur qu'elle n'en reçoit ?
Saturne émet environ 2,5 fois l'énergie qu'elle absorbe du Soleil. La chaleur résiduelle de sa formation y contribue, mais la plupart des chercheurs attribuent l'excédent à des gouttelettes d'hélium qui tombent à travers l'hydrogène métallique en libérant de l'énergie gravitationnelle.
Sources
- Mankovich, C., Fuller, J. (2021), « A diffuse core in Saturn revealed by ring seismology », Nature Astronomy 5
- Iess, L. et al. (2019), « Measurement and implications of Saturn's gravity field and ring mass », Science 364
- Hedman, M. M., Nicholson, P. D. (2013), « Kronoseismology: using density waves in Saturn's C ring to probe the planet's interior », The Astronomical Journal 146
- NASA Science : Saturn