English

Saturne dans l'histoire de la peinture

Mis à jour le · 5 min de lecture

Saturne est peint depuis environ deux mille ans sous trois grands visages : le dieu romain des semailles, voilé et armé d'une faucille ; le père cruel qui dévore ses enfants, thème qui culmine avec Rubens et Goya ; et, après l'invention de la lunette, la planète à anneaux devenue l'emblème de l'art spatial. Entre les deux premiers court une quatrième figure, Saturne comme Temps et comme astre de la mélancolie, qui a profondément marqué l'allégorie de la Renaissance.

Sommaire
  1. L'Antiquité : le dieu voilé à la faucille
  2. Le Moyen Âge : la planète et ses enfants
  3. Renaissance et baroque : mythe, Temps et mélancolie
  4. Goya : l'image retournée
  5. La planète dans l'art : du dessin à l'art spatial
  6. Questions fréquentes
  7. Sources

L'Antiquité : le dieu voilé à la faucille

Les images romaines de Saturne sont assez rares et sobres. Le dieu y apparaît en homme mûr et barbu, la tête couverte d'un pan de son manteau, tenant une faucille ou une serpe (falx). Le voile est un trait constant de ses images (curieusement, ses fidèles sacrifiaient tête nue, selon le rite grec), tandis que la faucille rappelle son rôle de dieu des semailles et des moissons ainsi que le mythe de la castration d'Ouranos. Une fresque de Pompéi, aujourd'hui au musée archéologique national de Naples, le montre sous cette forme, et des monnaies romaines portent son buste accompagné de la faucille. Pour le dieu lui-même et son sanctuaire, voir Saturne, le dieu romain et le temple de Saturne.

Le Moyen Âge : la planète et ses enfants

Dans les manuscrits médiévaux, Saturne est d'abord une planète, la plus lente et la plus froide des sept, maîtresse de la vieillesse, du plomb et de la mélancolie. On le représente en vieillard, souvent boiteux, parfois avec une béquille ou une jambe de bois, une faucille ou une bêche à la main, voire en train de manger un enfant. À partir du XVe siècle se répandent les séries des « Enfants des planètes », notamment dans les manuscrits et gravures germaniques comme le Hausbuch de Wolfegg (vers 1480), puis les bois gravés de Georg Pencz : sous Saturne sur son char apparaissent ses « enfants », ceux que son influence était censée gouverner, paysans au labour, mendiants, estropiés, prisonniers aux ceps et fossoyeurs. Ces images condensent les croyances astrologiques et le lien entre Saturne et le plomb.

Renaissance et baroque : mythe, Temps et mélancolie

La Renaissance ressuscite les mythes antiques. À Florence, Giorgio Vasari et Cristofano Gherardi peignent La Mutilation d'Ouranos par Saturne (vers 1560) au plafond d'une salle du Palazzo Vecchio. Au même moment, Saturne se confond avec la figure du Temps, en partie à cause de la confusion entre Cronos et chronos : le vieillard à la faux, ailé, muni d'un sablier, qui dévoile la Vérité, rogne les ailes de l'Amour ou détruit la beauté. L'Allégorie avec Vénus et Cupidon de Bronzino (vers 1545, National Gallery de Londres) comporte un tel Temps ; La Danse de la vie humaine de Nicolas Poussin (vers 1634-1636, Wallace Collection) le montre jouant de la lyre ; Pierre Mignard peint Le Temps rognant les ailes de l'Amour à la fin du XVIIe siècle.

Saturne gouverne aussi le tempérament mélancolique, réhabilité par Marsile Ficin comme signe du génie. La gravure Melencolia I d'Albrecht Dürer (1514), avec sa figure ailée prostrée, son carré magique et ses outils délaissés, est l'image la plus célèbre de cette mélancolie saturnienne, même si Saturne n'y figure pas en personne.

Le thème du père dévorant atteint son sommet baroque avec le Saturne de Rubens (1636-1638), peint pour Philippe IV : trois étoiles au-dessus du dieu rappellent l'observation par Galilée, en 1610, d'une planète « triple ».

Goya : l'image retournée

Vers 1819-1823, Francisco de Goya peint Saturne dévorant un de ses fils sur un mur de sa maison près de Madrid, au sein des Peintures noires. Il conserve le sujet mais en supprime tout l'appareil classique : ni faux, ni ciel, ni récit, seulement une figure affolée dans les ténèbres. L'œuvre rompt avec l'allégorie et devient l'une des images fondatrices de l'art moderne, lue en termes politiques, existentiels et psychologiques.

La planète dans l'art : du dessin à l'art spatial

Dès que Christiaan Huygens explique les anneaux en 1659, Saturne devient l'objet le plus reconnaissable du ciel, et les astronomes en sont les premiers illustrateurs. Dans les années 1870, l'artiste et astronome français Étienne Léopold Trouvelot réalise de grands pastels de Saturne et de ses anneaux d'après ses observations, publiés en chromolithographies en 1881-1882. Au XXe siècle, l'astronome français Lucien Rudaux puis surtout l'Américain Chesley Bonestell inventent l'art spatial : les vues de Saturne depuis ses lunes publiées par Bonestell dans le magazine Life en 1944, avec la planète à anneaux suspendue au-dessus d'un horizon rocheux de Titan, ont inspiré toute une génération d'astronomes et de cinéastes. Depuis, les images réelles de Voyager et de Cassini ont rejoint cette tradition ; voir les photos célèbres de Saturne.

Questions fréquentes

Comment représente-t-on Saturne en peinture ?

En vieillard barbu tenant une faucille ou une faux, souvent la tête voilée dans l'art romain, parfois boiteux ou muni d'une béquille au Moyen Âge, et fréquemment en train de dévorer un enfant. À partir de la Renaissance, il prête aussi ses traits au Temps et à son sablier.

Quel est le tableau de Saturne le plus célèbre ?

Saturne dévorant un de ses fils de Goya (vers 1819-1823), au Prado, est de loin le plus connu. Le Saturne de Rubens (1636-1638), dans le même musée, en est le principal précédent.

Pourquoi Saturne tient-il une faucille ?

Il était le dieu romain des semailles et des moissons, et dans le mythe grec Cronos utilise une faucille pour mutiler son père Ouranos. La faucille est ensuite devenue la faux du Temps et de la Mort.

Qui a peint le premier la planète Saturne avec ses anneaux ?

Les astronomes l'ont d'abord dessinée, à partir des schémas de Huygens dans les années 1650. Comme sujet artistique, elle a été popularisée par des illustrateurs comme Trouvelot dans les années 1870, puis par des artistes de l'espace comme Chesley Bonestell dans les années 1940.

Sources

  • Raymond Klibansky, Erwin Panofsky et Fritz Saxl, Saturne et la Mélancolie, Gallimard, 1989 (éd. originale anglaise 1964)
  • Musée du Prado, notices des Saturne de Rubens et de Goya
  • Christiaan Huygens, Systema Saturnium, 1659
  • Ron Miller et Frederick C. Durant III, The Art of Chesley Bonestell, Paper Tiger, 2001

Dans la même rubrique