Saturne, celui qui apporte la vieillesse, dans Les Planètes de Holst
Saturne, celui qui apporte la vieillesse (Saturn, the Bringer of Old Age) est le cinquième des sept mouvements de la suite pour orchestre Les Planètes, op. 32, de Gustav Holst, composée entre 1914 et 1917. D'une durée d'environ neuf minutes, il passe d'une lente oscillation d'accords, comme le tic-tac d'une horloge, à une lourde marche processionnelle et à un sommet fracassant ponctué de cloches, avant de s'apaiser dans la sérénité. Selon sa fille Imogen, c'était le mouvement que Holst préférait.
Sommaire
Les Planètes et l'astrologie
Holst s'intéresse à l'astrologie vers 1913, notamment par l'intermédiaire de l'écrivain Clifford Bax, et lit les ouvrages de l'astrologue britannique Alan Leo. Les Planètes ne décrivent donc pas les planètes de l'astronomie, mais dressent une galerie de caractères fondée sur leurs significations astrologiques (voir Saturne en astrologie et, pour l'« âge » saturnien des astrologues, le retour de Saturne). La Terre en est absente, et Pluton, découverte en 1930, n'a jamais été ajoutée par Holst ; en 2000, le compositeur Colin Matthews a écrit Pluto, the Renewer comme épilogue facultatif.
| Mouvement | Titre |
|---|---|
| 1 | Mars, celui qui apporte la guerre |
| 2 | Vénus, celle qui apporte la paix |
| 3 | Mercure, le messager ailé |
| 4 | Jupiter, celui qui apporte la gaieté |
| 5 | Saturne, celui qui apporte la vieillesse |
| 6 | Uranus, le magicien |
| 7 | Neptune, le mystique |
L'ordre ne suit ni la distance au Soleil ni la mythologie, mais une progression dramatique. Placé après l'exubérant Jupiter, Saturne ouvre la dernière partie, introspective, de la suite, qui mène à l'étrange Uranus puis au chœur de femmes qui s'efface à la fin de Neptune.
Comment la musique est construite
Le tic-tac initial
Saturne commence piano par une lente alternance de deux accords aux flûtes et aux harpes, un balancier paisible qui évoque le tic-tac d'une horloge ou la respiration d'un vieillard. En dessous, les contrebasses font entendre une ligne grave et lente. L'harmonie, statique et ambiguë, évite toute tonalité franche : le temps semble suspendu.
La procession
De cette immobilité naît un thème solennel aux trombones et aux cuivres graves, puis une procession en forme de marche qui gagne en poids et en vitesse. La texture s'épaissit, le rythme se fait insistant, et la musique monte vers un puissant sommet où les cloches résonnent au-dessus de tout l'orchestre. Beaucoup y entendent l'effroi du déclin et de la mort, l'approche de quelque chose d'inexorable.
L'acceptation
Après le sommet, la tension retombe. Le balancier revient, transformé, et le mouvement s'achève dans la sérénité, sur des accords doux et lumineux. La vieillesse selon Holst n'est pas seulement déchéance, mais aussi sagesse et paix, transformation qui fait écho à la double image de Saturne dans la tradition occidentale : dieu de l'âge d'or et astre de la mélancolie.
Pourquoi c'était le mouvement préféré de Holst
Imogen Holst a écrit que son père tenait Saturne pour le meilleur mouvement de la suite. Le métier y est subtil : presque toute la pièce naît de quelques éléments (l'oscillation de deux accords, la ligne de basse, le thème des cuivres), et l'orchestration, avec harpes, cloches et cuivres graves, crée des couleurs sans équivalent dans le reste de l'œuvre. Contrairement à Mars ou à Jupiter, il n'offre pas de mélodie facile à fredonner, ce qui explique sa moindre célébrité ; chefs et critiques le désignent pourtant souvent comme le cœur émotionnel des Planètes.
Réception et postérité
La création privée de 1918, dirigée par le jeune Adrian Boult, est un succès, et Les Planètes deviennent vite l'œuvre la plus populaire de Holst, au point de l'agacer un peu. Holst l'a lui-même dirigée dans deux enregistrements avec le London Symphony Orchestra dans les années 1920. L'influence de la suite sur la musique de film est bien connue, surtout celle de Mars ; Saturne a eu une postérité plus discrète, appréciée pour sa peinture du temps qui passe. C'est l'un des portraits musicaux les plus connus de la planète, à côté d'œuvres très différentes présentées ailleurs sur ce site, comme la chanson « Saturne » de Brassens.
Conseils d'écoute
- Écoutez deux fois l'introduction : les deux accords ne se résolvent jamais, et la ligne des contrebasses descend toujours plus bas.
- Repérez les cloches au sommet de la pièce : c'est le moment de tension maximale.
- Comparez Saturne avec Jupiter, juste avant : le contraste entre l'abondance et la vieillesse est voulu.
- Essayez un enregistrement dirigé par Adrian Boult, créateur de l'œuvre, qui l'a gravée plusieurs fois.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que Saturne, celui qui apporte la vieillesse ?
C'est le cinquième mouvement de la suite pour orchestre Les Planètes de Gustav Holst (1914-1917), un portrait de la vieillesse inspiré de la signification astrologique de Saturne. Il dure environ neuf minutes.
Pourquoi Saturne apporte-t-il la vieillesse ?
En astrologie comme dans la tradition de la Renaissance, Saturne, la plus lente des planètes visibles à l'œil nu (elle met 29,5 ans à faire le tour du Soleil, voir l'orbite de Saturne), est associée au temps, à la vieillesse, aux limites et à la mélancolie. Holst a fait de ces associations le thème du mouvement.
Saturne était-il le mouvement préféré de Holst ?
Oui, selon sa fille Imogen Holst, qui rapporte qu'il le considérait comme le plus réussi de la suite.
Pourquoi la Terre et Pluton sont-elles absentes des Planètes ?
La suite repose sur l'astrologie, qui considère les planètes vues depuis la Terre : celle-ci n'a donc pas de caractère propre. Quant à Pluton, elle n'avait pas encore été découverte quand Holst a composé l'œuvre.
Sources
- Imogen Holst, Gustav Holst: A Biography, Oxford University Press, 1938
- Michael Short, Gustav Holst: The Man and His Music, Oxford University Press, 1990
- Gustav Holst, The Planets, op. 32, partition d'orchestre
- Encyclopaedia Britannica, « Gustav Holst »